Novembre rose.

Octobre est passé laissant derrière lui tout un tas d’articles, de sujets TV et de billets sur la recherche et le dépistage du cancer du sein, sur la vie des malades, sur l’atrocité des mauvaises nouvelles et la joie des guérisons. De plus en plus, les médias insistent sur cette maladie parce qu’elle est, malheureusement, trop présente dans nos vies.

Octobre est aussi le mois d’anniversaire de ma mère, et c’est grâce à ça que je vous propose ce billet qu’en Novembre. Ma Maman a eu un cancer du sein à l’âge de 37 ans dépisté tout à fait par hasard et qui a beaucoup fait souffrir notre famille, à tous les niveaux. Nous avons été affecté, réellement. Et le mois d’octobre est pour moi, mois de fête. Nous fêtons chaque année l’anniversaire de ma maman qui s’est battue, alors c’est vraiment pas la période à laquelle nous voulons ressasser ce sujet douloureux. Pourquoi Octobre et pas Novembre ou décembre ou toute l’année ? Qu’il ne s’agisse pas d’un mois particulier pour y penser mais que ce soit inscrit dans nos mœurs et que l’on en parle toute l’année. Ce serait moins difficile je pense. Ce serait quotidien. Ce serait habituel. Au détour d’une conversation à ce sujet, ma grand mère m’a fait part de son ressenti : « On ne fait pas des enfants pour les voir souffrir, on ne veut pas qu’ils partent avant nous… C’est contraire au sens de la vie. » . Et puis ma mère nous a parlé en toute sincérité, si « ça devait recommencer », elle ne se battrait plus. Le traitement est trop lourd et finalement ça fait tellement mal de se soigner alors qu’elle n’avait même pas ressenti le cancer se déclarer. Et je comprends sa décision.

shutterstock_162825059Lorsqu’elle est tombée malade, j’avais 14 ans, ma sœur 9. Et ma mère s’est battue pour nous, car nous étions trop jeunes encore pour encaisser la perte. Enfin, ça, c’est ce qu’elle dit car même aujourd’hui je ne sais pas comment je ferais. Il est vrai que j’ai ma famille à moi maintenant. Mon fils a qui me raccrocher, mais ce serait tellement difficile. D’ailleurs, pour l’instant cela me parait inimaginable.

Lorsqu’elle est tombée malade, j’ai beaucoup pleuré avant de me mettre dans la tête, qu’aujourd’hui on peut guérir du cancer. Mais j’ai dû ensuite appréhender avec elle les autres méfaits de cette maladie. Les semaines passées au lit après les séances de chimiothérapie, le goût de fer qu’elle me décrivait dans sa bouche, les cheveux et les sourcils qui tombent, les brûlures dues aux séances de rayons, la possibilité d’une récidive, la prise de poids, accepter une possible ablation du sein (qu’heureusement elle n’a pas eu) . J’ai essayé de tout comprendre. Absolument tout. Répondre à toutes mes questions. C’était ma façon à moi de souffrir avec elle. Pour ne pas qu’elle se sente seule. Mais évidement, elle s’est sentie seule car elle l’était face à ce corps qui changeait et qui lui était douloureux.

Lorsqu’elle est tombée malade, plus ou moins en même temps, ma tante a aussi déclarer un cancer du sein, ainsi qu’une de ces amies. Elle appelait ma tante toutes les semaines, comme si à deux elles formaient une barrière contre la maladie. Ensemble, elles pouvaient se sentir fortes. Et puis, elle voyait son amie assez régulièrement. Un jour, sans qu’on s’y attende nous avons appris le décès de cette gentille dame. Et là, on a, à nouveau, réalisé qu’on pouvait mourir du cancer du sein . Cette nouvelle a fait l’effet d’une bombe, a troué le cœur de maman et nous a tous psychologiquement affaibli. On s’est demandé « Au final, on se bat pour quoi? ». Et ensemble on a relevé la tête. Et maman a continué à se battre.

Lorsqu’elle est tombée malade, on a compris que malgré toutes les précautions prises pour expliquer aux autres le cancer, beaucoup on eu peur. Comme si c’était contagieux. Ne plus dire bonjour, ne plus toucher, embrasser. Ne plus l’inviter, parce que (c’est dur à dire) mais pour eux, c’est comme si elle était déjà morte. Du haut de mes 14 ans, j’ai trouvé ces autres très immatures. Quant au peu de ceux qui sont restés, ils ont été là jusqu’au bout. Dans les bons et mauvais moments. Les peines à porter, les joies à célébrer, le combat gagné. Avant, pendant, après. Toujours, toujours là.

Aujourd’hui tout va mieux, et quand je dis aux gens « Maman a eu un cancer » , ils me regardent avec étonnement en me soufflant « Ah! Je savais pas. ». Parfois, on me demande : « Et elle est guérie?  » et je souris. Simplement.

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2 réflexions sur “Novembre rose.

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