Je l’ai trouvé cruelle.

Il y a quelques jours, ma grand-mère et moi, nous nous sommes replongées dans les vieilles photos de famille. Il fallait qu’elle fasse le tri: me donner mes photos prises lorsque j’étais enfant, rendre des photos à des amis parce que les événements n’étaient plus d’actualité (parce que la vie fait que parfois les mariages finissent en divorces, les bonheurs en malheurs, parce que ça nous fait mal à tous de voir la réalité en face, c’est trop dur à supporter alors nous fuyons!) et il fallait également qu’elle jette les doublons que personne n’avait jamais réclamer. C’était indéniable, elle ne pouvait pas garder tout ça.

Elle et moi sommes très proches, trop proches même aurais-je tendance à dire. C’est difficile de se l’avouer, mais aimer tellement ses grands-parents, c’est prendre le risque de souffrir bien trop tôt et de devoir supporter l’absence le reste d’une vie. Ils sont censés partir avant nous, c’est comme ça. Je n’ai pas choisi de l’aimer autant, ça a toujours été comme ça, c’est tout. Parce que ma grand-mère est merveilleuse et que sur certains plans de l’existence, elle est mon modèle. Mais au détour d’une conversation, je lui ai posé cette question , à tout hasard: « S’il y avait une chose que tu ne referais pas si tu pouvais recommencer ta vie, laquelle serait-ce? ». Elle m’a répondu, presque du tac au tac : « Des enfants ». Et là, je l’ai trouvé cruelle. J’étais un peu secouée, totalement horrifiée. J’ai demandé « Pourquoi? ». Et elle m’a répondu que « les enfants, on les aime tellement que ça finit par faire mal. »

Alors j’ai compris. Elle venait de mettre des mots, sur ce que je n’ai jamais réussi à exprimer. J’aime tellement mon fils, que parfois, ça finit par faire mal. Lorsque j’ai décidé d’avoir ce Bébé, je n’ai pas immédiatement réalisé à quel point on peut devenir responsable de deux Bonheurs et plus seulement du nôtre. Mais il m’a fallu peu de temps après la naissance pour ressentir à quel point c’est difficile de devoir aider un petit être à se construire et se forger. J’ai trouvé la force nécessaire, celle qui se révélait jusque là insoupçonnée, d’endurer les souffrances pour deux et de partager puissance dix les bonheurs. J’ai très souvent entendu dire que les enfants sont des éponges, qu’ils comprennent tout. Mais je n’ai pas assez entendu dire à quel point, une Maman peut elle-même devenir une éponge pour absorber au maximum le mal et les blessures pour que son enfant n’en voit que le minimum. Devenir mère, c’est devenir le héro de quelqu’un. C’est devenir professeur, médecin, psychologue… C’est faire tous les métiers du monde en même temps et à chaque instant. C’est panser les blessures et créer du rêve au quotidien. Et c’est vrai que parfois, quand on voit notre monde au bord du précipice, ça fait mal d’être mère. Mal de savoir dans quoi on a embarqué un petit être qui n’y est pour rien mais qui est tout pour nous. J’ai peur à chaque instant de le perdre. J’ai peur qu’il tombe, qu’il se fasse mal, qu’il soit triste et malheureux. Je ne sortirais pas indemne de la parentalité. Personne ne sort indemne de la parentalité. Même pas ma merveilleuse grand-mère.

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