Le syndrome de l’imposteur.

Punaise! C’était donc ça. Je l’avais lu par ci, par là. Les autres en parlent comme d’un véritable fléau, faut-il encore comprendre ce que c’est et d’où ça vient. Le syndrome de l’imposteur. Faut dire que ça sent un peu l’arnaque tout ça et je ne me sens pas l’âme d’un escroc de pacotille qui se ment à lui même. Et pourtant… En lisant bien ce qu’est ce drôle de syndrome, je me suis reconnue à des phases différentes de ma vie et plus particulièrement en ce moment même où ma vie est rythmée par des réunions où il faut que je fasse des comptes rendus sur mon travail. C’est quelque chose de difficile pour moi de reconnaître que si les choses se passent bien, c’est parce que j’ai les compétences pour faire mon job correctement. Je suis victime du syndrome de l’imposteur, je m’arnaque moi même. Je me suis persuadée , après quelques échecs et un gros manque de confiance en moi , que les circonstances m’ont gaté et que finalement, si je réussis dans ma vie professionnelle c’est surtout grâce au facteur chance. J’ai la chance d’être patiente, d’avoir retenu des notions lors de mes études, de m’entendre avec l’enfant avec lequel je travaille, d’avoir des collègues bienveillants… Vous voyez, au final, c’est pas ma faute. C’est la vie qui m’a mise là. Alors bien évidemment, ce matin encore, après une de ces réunions où il faut que j’explique devant un panel de collaborateurs la façon dont je travaille, j’ai pas dit grand chose et mon collègue m’a lancé un « Je t’ai vu t’effacer » . Ce à quoi je réponds brièvement en expliquant que je déteste être mise en avant et m’exprimer en public. Que ça me gène au plus haut point d’être critiquée (même si la critique est positive ) et que rien de tout cela n’arrive parce que je l’ai voulu. Je fais juste mon travail, tu vois. Parfois, je rêve à d’autres métiers, d’autres choses que je pourrais faire de ma vie. Et puis je suis vite rattrapée par ce sentiment fort et désagréable de ne pas savoir si j’en suis capable. Parfois, j’ai presque envie de me secouer et de me dire que si je n’essaye pas je ne saurais jamais. Mais, j’en suis incapable.

Le syndrome de l’imposteur , c’est aussi vivre avec l’angoisse qu’un jour le facteur chance disparaisse et que je me retrouve confrontée à une situation que je ne saurais pas gérer. C’est un peu comme si la chance était une personne qui me portait , me protégeait. C’est un peu la bonne copine qui m’accompagne à une soirée bondée de gens que je ne connais pas. C’est imagée mais c’est ça. Je me sentirais perdue sans elle. Et qu’arriverait-il si les autres voyaient que c’est elle qui me porte? Que c’est grâce à elle que je suis valorisée dans ce que je fais et non pas grâce à un certain nombre de compétences que je n’ai pas.Je serais alors une menteuse. Le vilain petit canard déguisé en cygne et je me sentirais mal. C’est certain.

J’ai rencontré cette drôle d’imposture assez jeune. Quand les autres disaient de moi que j’avais des facilités d’apprentissage. Je n’étais pas une élève précoce, mais juste une bonne  élève qui n’avait pas trop besoin de travailler à la maison pour avoir de bonnes notes. De là, j’en ai rapidement conclu que si j’étais à l’aise avec les apprentissages scolaires, alors on ne pouvait pas vraiment dire que je méritais les bonnes notes. Alors, petit à petit , j’ai commencé à pratiquer l’underdoing. C’est à dire que je ne préparais plus mes examens dans l’espoir de me prendre des taules . Et des taules j’en ai pris. Mais là encore, à mes yeux , rien ne pouvait venir de mon travail. Le niveau était simplement trop élevé pour moi et fallait que je laisse tomber. Ce que j’ai fait. J’ai passé deux ans à la fac avant d’abandonner. Et puis, je me suis mise à la recherche d’un emploi. Quelque chose qui ne me demandait pas de qualités intellectuelles exceptionnelles. De toute façon, j’étais devenue une bonne à rien. Ma seule satisfaction étant de ne pas me retrouver au chômage pour éviter que mes parents pensent qu’en plus d’être intellectuellement limitée , j’étais aussi fainéante. Mes supérieurs de l’époque n’ont rien fait pour arranger cela, mettant plus souvent le doigt sur les petites imperfections plutôt que de féliciter le personnel pour le travail considérable effectué. Une fois le CDD terminé, il a fallu que je retrouve un travail. J’ai passé, sans grande conviction, l’entretien pour devenir auxiliaire de vie scolaire. J’espérais avoir le poste, mais avais-je les compétences moi qui n’avait jamais travaillé avec des enfants ? Rien n’était moins sur. Lorsque l’on m’a rappelé pour m’attribuer le poste, j’ai eu la sensation d’avoir dupé le monde. J’étais heureuse certes, mais j’avais le sentiment que cette place tant convoitée n’était pas pour moi. J’avais raconté que j’avais été baby sitter et que j’aidais souvent les enfants de mon entourage pour leurs devoirs. Ce qui est vrai. Mais à mes yeux, cela n’avait rien à voir avec de réelles compétences. Et le handicap, sincèrement, moi je n’y connaissais rien.

Aujourd’hui, après quelques discussions avec mes collègues et leurs avis sur la situation, j’ai compris que j’avais un sérieux problème d’estime de moi. Bien qu’étant un peu plus consciente du travail que je fournis, je suis loin de me trouver des compétences sur lesquelles m’appuyer lorsque le job est bien fait. C’est encore souvent une histoire de persévérance et de chance. Parfois, on m’a qualifié d’exigeante , de perfectionniste. Et j’ai réalisé , il y a peu de temps, que c’était dans tous les domaines. Je suis consciente que je suis touchée par ce drôle de syndrome et le savoir m’aide déjà énormément à mieux analyser les situations dans lesquelles je me trouve. Mais, il me faudra encore beaucoup de temps pour apprendre à dépasser cela. Je suis même prête à vivre toute ma vie avec ça. Et pour changer les choses, il y a des limites que je m’impose moi même que je vais devoir , un jour ou l’autre , franchir.

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2 réflexions sur “Le syndrome de l’imposteur.

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