Saint Malo intra muros.

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Cela va bientôt faire deux semaines que nous avons passé un week end à Saint Malo et je n’ai pas eu encore le temps de partager ici mes photos de la vieille ville. Il y aurait tellement de choses à dire sur cette ville bretonne, tout près de notre Mont Saint Michel normand. Mais je crois que le mieux est de me cantonner à évoquer ses belles pierres et ses ruelles dynamiques. Encore un joli lieu à découvrir. Il fait bon s’y promener et on peut y découvrir de belles petites enseignes. Il suffit de chercher un peu et de s’éloigner des rues principales où se sont installées toutes les grandes marques hors de prix, pour y trouver des trésors. Mais, je n’en dis pas plus, simplement que pour se rendre compte de l’ambiance et de sa magie, le mieux est encore de vouloir y mettre les pieds.

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Tout s’accélère.

Pendant trois ans, nous avons vécu dans une bulle qui rebondissait hors du temps. Les choses prenaient leur place petit à petit. Au début, il y a eu ce minuscule coeur qui bat au creux de mon ventre et pas mal d’attente. Il fallait attendre que le ventre s’arrondisse, que le bébé grandisse. Il fallait attendre la prochaine échographie et la nouvelle prise de sang. Il fallait se l’imaginer là, le tout petit bébé. Au début, il était imperceptible. Quelque chose de nouveau était en train d’arriver mais on ne se rendait pas encore bien compte. Et puis le ventre a gonflé et très vite on a senti les premiers coups de pieds. Notre vie à trois a peut être commencé là. On y pensait tout le temps. Tu crois qu’il aura ton nez? Tu penses qu’il sera grand? Et sinon, tu veux l’appeler comment? Et un jour, nous nous sommes rencontrés. La bulle n’a pourtant pas éclaté. Les choses prenaient leur place indéniablement. Il fallait s’habituer à être trois et à être baigner dans un amour constant. Il y a eu les premiers sourires, les premières petites syllabes, les biberons de nuits et puis les nuits complètes. Il y eu les longs câlins, les premiers petits pots, les premières nuits dans sa chambre, le premier quatre pattes et puis un jour la marche. Tout ça , ça a pris trois ans. Du minuscule coeur qui bat au grand bébé. Aujourd’hui la bulle a éclaté. Je ne dis pas que c’est moins bien, non ce n’est pas moins intense mais c’est différent. Le bébé a laissé place au petit garçon et tout est en train de s’accélérer. Il n’est plus collé à moi, il joue tout seul et il se fait des copains. Maintenant, j’aime tellement venir lui faire un dernier baiser le soir avant d’aller me coucher et l’entendre murmurer « Bonne nuit. Je t’aime Maman ». J’aime tellement déjeuner le matin à ces cotés. J’aime  tellement le voir gambader avec moi plutôt que de l’avoir dans la poussette. J’aime tellement son caractère et ses goûts affirmés. J’aime tellement le voir grandir tous les jours. La bulle a éclaté et en une fraction de seconde le temps s’est accéléré. Dans mon coeur de maman, les journées ont tout à coup pris une saveur différente. Et c’est tant mieux, ça veut simplement dire qu’ici tout est parfait.

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Se rappeler que la vie doit être vécue.

C’est avec évidemment le coeur lourd que j’écris aujourd’hui cet article certainement décousu, au fil des pensées. Je suis désolée d’avance s’il n’est pas agréable à lire mais je ressens maintenant le besoin de m’exprimer. Pour Charlie, je n’ai rien dit. Pour Paris, je n’ai rien écrit. Pour Orlando et Bruxelles, non plus. Pour aucune attaque, je n’ai ressenti ce besoin de m’exprimer. Je suis dans l’incompréhension face à ce 14 Juillet niçois massacré. Il y a tellement de sentiments qui me nouent le ventre depuis hier soir, tellement de questions alors restées sans réponses qui se bousculent dans ma tête. La première étant : Pourquoi? Pourquoi ça et pourquoi nous? Je suis attristée et révoltée de ce que je peux lire sur les réseaux sociaux. Pourquoi mettre des photos et des vidéos des victimes? Le devoir d’information est il plus important que l’aide et l’assistance? Je ne comprends pas. Je ne comprends rien. Ce monde ultra médiatisé ne tourne plus tout à fait rond. La recherche de l’image choc avant le relais des informations dans les médias m’écoeure. Le bourrage de crâne, les mêmes informations qui passent sans cesse, et ces mots soufflés par les journalistes comme pour instaurer la peur. Parler de terrorisme, d’attentat, de Daesh… alors que rien n’a encore été revendiqué parait normal pour la plupart des gens. Pour moi, ça ne l’est pas. Tant que nous ne savons pas, il n’y a rien à dire. Loin de moi l’idée de défendre des terroristes, ça non! Mais pas une seule fois, je n’ai entendu parlé d’amalgames sur les chaines d’infos ce matin. Pire encore, j’ai vu mes propres amis réagir à chaud hier soir sur Facebook, attisant une fois de plus la haine. Ce n’est pas le message que j’aimerais passer. Ce n’est pas le message qu’il faut délivrer. Je pourrais écrire encore de longues lignes sur le sujet, mais je ne sais plus… Quoi dire? Quoi faire?

Nous avons simplement besoin d’amour et d’Humanité. Il faut aujourd’hui vivre avec ce risque, n’être en sécurité nul part. Mais l’important c’est de vivre. Il ne faut pas céder à la peur. Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir peur, ça non! Seulement, il ne faut pas céder. Il ne faut pas survivre dans ce monde en se demandant ce qui pourra bien arriver la prochaine fois. Il faut continuer à avancer, encore et encore comme nous l’avons toujours fait. On peut reprocher bien des choses aux Français, mais pas d’être égoïstes et désunis. Nous sommes une Nation, nous sommes ensemble dans les bons moments (souvenez vous la semaine dernière, l’Euro…) mais aussi dans les pires tragédies . Et même dans la douleur , le désarroi le plus profond, il ne faut jamais abandonner. On est ensemble, et tant que cela s’avère vrai je penserais toujours que la vie vaut la peine d’être vécue.

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« Tu feras le métier que tu veux, ma fille. »

L’une des plus belles preuves d’amour d’une mère à sa fille est de la laisser prendre le chemin qu’elle veut pour son avenir, la laisser s’essayer à pleins de choses différentes en espérant qu’elle devienne une femme heureuse.

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J’ai longtemps pensé que j’avais un problème. Non pas parce que je ne voulais rien faire de ma vie mais plutôt parce que je voulais faire trop de choses. Le premier métier auquel je me prédestinais était professeur des écoles. C’est d’ailleurs le rêve que j’ai suivi jusqu’en fac étant persuadée que puisque c’était mon voeux le plus ancien , c’était certainement celui que je désirais le plus. Bien qu’accrochée à ce souhait comme une moule à son rocher, j’ai très souvent pris la liberté de me laisser rêver d’autres métiers. Ainsi, à mon entrée en sixième j’aspirais, en espérant une coup de pouce de la vie, à devenir une future chanteuse populaire. En cinquième, le devant de la scène ne m’attirait plus autant et je cherchais de nouveau ma voie. En quatrième, avide de voyages, hôtesse de l’air m’apparaissait comme une bonne alternative. Puis la photo en troisième et mon voeux le plus cher aurait été de passer des casting pour devenir mannequin ( déjà trop « grosse » , je suis vite retombée les pieds sur terre). En seconde, je voulais rester dans le monde de la beauté et du visuel et devenir make up artist . Puis tour à tour, mes métiers parfaits se sont succédés: journaliste, actrice, photographe, écrivain, professeur de français, banquière, critique de cinéma, coiffeuse… et bien d’autres encore. J’ai assez mal vécu le fait de papillonner d’une envie à l’autre sans jamais m’en donner vraiment les moyens. Longtemps, je me suis dit que ce côté superficiel était certainement un signe. Le signe qu’aucune de mes idées n’était réellement faite pour moi. Je voulais poursuivre un but, mais je ne savais pas lequel.

Aujourd’hui avec un peu de recul , je pense que c’est ma personnalité qui veut ça. Un jour tout, le lendemain son contraire. Et en regardant d’un peu plus près ma vie, je me suis rendue compte que, comme tout le monde, je poursuis un but. Le mien est peut être moins bien déterminé que celui des autres, mais il n’en reste pas moins vrai et important pour moi: je veux être heureuse. Faire ce que je veux quand je le veux. Alors voilà, je vis beaucoup plus sereine depuis que j’ai pris conscience de ça . L’important n’est pas d’avoir un métier, une carrière longue dans un domaine précis mais de m’épanouir dans ce que je fais au moment où je le fais.

Un dimanche à Honfleur.

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Honfleur, cela faisait des années que je n’y avais pas remis les pieds. Pourtant, cette petite ville côtière d’où l’on peut voir le pont de Normandie n’est qu’à 45 petites minutes de chez moi. C’est vraiment un endroit que j’adore. C’est tout plein de petites ruelles remplies de boutiques plus charmantes les unes que les autres, des galeries d’art à foison et des restaurants en veux tu en voilà. Si l’on a pas peur de la foule et des rues étroites, alors on ne peut qu’aimer.

Honfleur, c’est aussi un port avec de très beaux bateaux, un carousel coloré et beaucoup d’animation! J’aime beaucoup dire que c’est notre Collioure normande. Moins ensoleillé et plus terne mais à la disposition semblable. Un labyrinthe pavé, des maisons collées, des vieilles pierres, des artistes et surtout la sensation qu’il fait bon y vivre.

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Ma vie scénarisée….

…Ou comment l’objectif peut m’éloigner de tout. J’ai toujours été assez attirée par l’image, quelqu’en soit sa nature. Un jour devant une magnifique photographie de Doisneau, le lendemain devant une peinture abstraite mais pleine de sens , puis devant le grand écran au cinéma. J’ai commencé à lire les blogs parce que j’avais soif de visuel, d’art et les blogueuses, bien que souvent amatrices dans le domaine, ont tirées leur épingle du jeu. Certaines font des photos et des vidéos dignes de grands magasines de mode. C’est bluffant comme on pourrait penser qu’elles ne vivent pas sur la même planète que nous. Et puis, il y eu Instagram et Pinterest. Et FlickR aussi. Je t’avoue ce dernier est mon réseau de prédilection. Une véritable source d’inspiration. Et puis, je me suis également essayer à la photo. J’ai commencé à avoir des remarques parfois constructives , parfois non, sur la façon dont je travaille mon art. Certains ont pris ma nouvelle exposition comme de la prétention ( moi qui était si discrète avant!) . N’étant pas photographe professionnelle, je cherche simplement à produire des clichés que j’aimerais voir plus souvent. Des choses parfois saturées, parfois sombres, du sexy et du romantique, mon fils, moi ou une amie, quelquefois aussi des paysages. Je me suis donc acheté un tout nouvel appareil pour étancher ma soif de prises de vues et j’y suis allée à fond, sans penser aux conséquences. C’est fou de parler de conséquences quand il s’agit de passion.

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Alors voilà, je ne te parle pas ici de droits d’auteurs ou de respect à la vie privée, simplement du prix que j’ai du payer. Je me suis pris en pleine face des remarques qui n’avaient pas lieu d’être. De la méchanceté gratuite en somme. Je suis très souvent derrière l’objectif mais parfois, quand l’envie m’en prend, devant. Et c’est la que le bas blesse. Je t’assure que venant de moi ce n’est pas du narcissisme, encore moins de la prétention . Non je ne m’aime pas, mais je travaille sur le fait d’apprécier qui je suis. La vie que je montre en photo est une vie totalement scénarisée et loin de ressembler à ce que je vis tous les jours. Bien sûr ma maison est souvent en désordre et que je n’ai pas toujours le temps de ranger la table basse. Non, il ne fait pas toujours beau ici et les couleurs ne sont pas aussi intenses que j’aimerais te faire croire. Bien sûr que je photographie le réel mais attention, ce que je montre n’est pas la réalité. Bien sur, parfois on vit des choses incroyables… mais ça, c’est quelque chose de plutôt commun. J’essaye de créer ma propre magie, parce que la magie, elle, ne tombe pas du ciel . Et moi aussi en temps que lectrice je me retrouve souvent à baver devant les vies extraordinaires des autres , mais je me remets vite les idées en place et je comprends à quel point c’est inutile d’espérer être quelqu’un d’autre. Et qu’en plus hormis l’instant immortalisé, le reste peut être tout à fait vide.

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Cela à soulever une autre question: Est ce que je suis toujours actrice des scènes de vie? Est ce que la dernière balade était agréable pour les bonnes raisons? Je me remets beaucoup en question. C’est dans ma nature. Parfois, j’ai l’impression qu’en me cachant derrière mon appareil photo je deviens spectatrice de ma propre vie. Je ne suis plus l’actrice de la scène. Mon rôle est d’immortaliser et je prends peut être ça un petit peu trop à coeur. Je crée des souvenirs que je ne vis pas à 100% à l’instant T.  Et j’ai parfois l’impression de laisser ma famille seule alors que je suis bien là avec eux. Je ne suis plus vraiment moi, je fais corps avec l’objectif.

 

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Ma chance à moi a été de comprendre cela assez vite et donc de me libérer de mes chaines. Certains passent leur temps à faire defiler les réseaux sociaux à la recherche de like, moi mon addiction s’appellait Nikon D3200. Les séances photos s’appellent séances photos et non plus balades. On a réussi à distinguer les deux. Parfois, je décide même de ne pas emmener l’appareil lors d’un repas de famille ou d’une sortie en ville. ça repose non seulement mon esprit mais aussi mes bras ( ça pèse un appareil photo dans le sac 😉 )  Et me laisse libre de profiter réellement des choses qui m’entourent .

 

Enfin tatouée!

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Je devais avoir 14 ans lorsque l’idée a germé pour la première fois dans ma tête. Je voulais être une tatouée. A l’époque, je n’avais pas encore vécu grand chose dans ma vie et je voulais juste quelque chose d’esthétique, de préférence, dans le bas du dos. Je me souviens même que c’était la mode du tribal et que je trouvais ça plutôt joli. J’avais 14 ans, et une maturité assez grande pour me dire que mon idée allait peut être évoluer ou changer avec le temps. Alors , par désir et alternative, j’ai préféré me faire percer le nombril. Ce que je ne regrette pas le moins du monde aujourd’hui.

Les années sont passées et mon obsession pour le dessin-sous-peau n’a pas bougé. Bien sûr, à certaines périodes, elle s’est révélée muette, moins présente mais à chaque fois qu’un évènement important atterrissait dans ma vie, elle gagnait en ampleur. Après des moments douloureux, l’année de mes 18 ans, j’ai commencé à dessiner l’oeuvre de ma vie: Un grand tatouage prévu pour mon dos. Celui que je nomme le dessin-des-tristesses. Il me rappelle que la vie est courte et qu’il faut profiter de nos aimés. Cette grande illustration restera peut être inachevée et sur papier mais j’aime penser qu’un jour, j’aurais toutes ces douloureuses histoires sur mon corps. Ce serait pour moi comme une piqure de rappel. Cela a un sens affectif très fort et rien n’a autant de valeur pour moi que le coté sentimental des choses.

En parlant de sentimental, j’ai enfin sauté le pas pour un tout petit dessin plein de sens. J’ai commencé à le dessiner à la naissance de mon fils, Kéo . Je l’ai fignolé pendant deux longues années et quand je me suis sentie enfin prête, le dessin étant, à mon goût, le plus abouti possible, j’ai pris rendez vous chez la tatoueuse. J’avoue avoir eu très peur de la douleur et que finalement, je n’ai quasiment rien senti. Je peux même dire que j’ai passé un super bon moment à parler de tout et de rien avec une personne humaine et compréhensive. Presque entre copines! Je voulais avoir le prénom de mon Bébé tout prêt de mon coeur avec une écriture spéciale, créée par moi. J’ai apporté mon dessin et ma tatoueuse a tout de suite compris qu’il n’y avait rien à revoir. Que c’était soit ça, soit rien du tout. J’y ai investit du temps, certes, mais surtout du coeur dans ce minuscule dessin. Et il représente bien l’histoire que j’ai avec mon enfant. Son prénom, la flèche pour son origine amérindienne, la cible qui symbolise mon coeur. C’est l’histoire de ma vie a jamais touché par la sienne.

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Lettre à la jeune fille que j’étais il y a 10 ans.

 

Charlène,
Tu as treize ans à l’heure où je t’écris. Et j’ai bien des choses à te raconter. Je suis sure qu’en ce moment tu n’imagines même pas qu’un jour tu écriras cette lettre. Tu penses peut être même que je suis devenue folle et que je vis dans le passé. Mais, ce n’est pas ça dont il s’agit. Je voudrais juste te mettre en garde pour te préparer à ce que tu vas vivre. Tous tes projets sont bien ancrés dans ta tête et tes petits carnets. Le lycée, le bac, les études… la vie. Je me souviens , ça devait ressembler à ça. Les études avant tout et l’amour, enfin, vers 25 ans. Puis le temps de connaitre l’homme de ta vie et tu devrais être mariée et avoir deux beaux enfants ( un garçon d’abord pour qu’il puisse protéger sa petite soeur, n’est ce pas?!) pour tes 30 ans. J’ai 23 ans aujourd’hui et je peux te dire que j’ai accompli des choses mais pas dans le sens que tu l’aurais souhaité.

Planche   4
Je vais essayé de faire les choses chronologiquement pour ne rien oublier. Tu es en quatrième et cette année tu vas tombée éperdument amoureuse d’un jeune homme. Il va te trouver jolie quand tu auras décidé de changer de couleur de cheveux. Drôle non? Parce que oui, tu vas avoir les cheveux noirs. Il va avoir une petite attirance pour toi mais ce ne sera pas de l’amour. Et aussitôt prise , aussitôt jetée. Tu en souffriras et tu auras un mal de chien à te défaire de cette courte histoire. Tu vas essayer de l’oublier en enchainant les flirts. Tu vas commencer à comprendre que ton corps peut être un atout dans la séduction. Tu vas commencer à vraiment t’intéresser à la mode, à la féminité, au maquillage. Tu feras pleins de faux pas , mais ça t’aidera à apprendre. Et puis, tu rencontreras T. Lui, c’est un peu spécial. Tu vas tenter de ne pas avoir de sentiments envers lui puisque c’est juste une histoire de vacances. Tu vas le repousser encore et encore. Mais il va résister et il saura te parler pour se rapprocher de toi. Tu vas passer des heures à discuter avec lui et il t’intéressera parce qu’il n’est pas du même monde que toi. Il t’intéressera aussi parce qu’il y a une différence d’âge qui le rend forcément unique par rapport aux autres garçons que tu cotoies. Il va te paraitre mature ( paraitre seulement, ne l’oublie pas ça!). A ce moment là, tu as 13 ans , il en a 18. Vous allez vous quitter pour toujours après vous être embrassés. Il te dira qu’il viendra peut être te voir un jour . La vie va en décider autrement. Et bizarrement, c’est toi qui mettra fin presque inconsciemment à votre histoire. Cependant, saches que du haut de mes 23 ans , il m’en reste un souvenir indélébile. Quelque chose d’à la fois magnifique et frustrant. Et la ville où vous vous rencontrerez sera toujours dans un coin de mon coeur et de ma tête.
A quatorze ans, tu arriveras en troisième. Elle sera l’année scolaire la plus belle de ta vie. Tu auras un cercle de vraies copines qui seront toujours là pour toi. Et crois moi, tu rigoleras tellement que bien des fois tu auras mal au ventre. Ton premier amour reviendra et tu tomberas à nouveau dans le panneau. Mais tu t’en sortiras plus facilement cette fois là. Tu auras des coups de coeur à n’en plus finir et sentimentalement tu gagneras en expérience. Si on sort de ton cadre scolaire, cette année là va te changer pour toujours. Je sais que tu ne pleures jamais. Mais la vie va te donner une claque que tu n’oublieras pas. Je vais te dire ce qu’il va arriver parce qu’à l’époque j’aurais voulu avoir le temps de m’y préparer. Maman va être très malade. Cancer. Tu sais à peine ce que cela veut dire. D’autres mots vont t’aider à imaginer le décor : chimiothérapie , angoisse , radiothérapie , faiblesse , pleurs. Toute la famille va plonger avec elle. Et toi, tu vas essayer de tous les relever un par un. Tu vas faire des choses dont tu ne te sens pas capable et dont je ne me sens plus capable aujourd’hui. Tu vas être la force de Maman et pour ça, je ne te remercierais jamais assez. Mais cela va te changer du tout au tout. Tu vas pleurer , beaucoup. Pour tout. Un film, une phrase, un compliment, de bonheur et de chagrin. Tu ne vas pas réussir à tout encaisser. Tu vas même pleurer le premier jour de lycée parce que tu ne vas pas trouver ta place immédiatement. Il va falloir que tu apprennes à laisser le temps aux choses de se faire toutes seules. Toi qui veut tout contrôler. Il faut que tu saches aussi que tes idées vont fondamentalement changer. Tu vas délaisser tes études et te donner entièrement aux gens que tu aimes. Tu rencontreras un garçon avec qui tu vas rester presque trois ans. Ce sera une bonne expérience pour toi car tu comprendras enfin ce que tu attends d’une relation et surtout ce que tu ne veux pas! Tu te rapprocheras de plus en plus des garçons de ton groupe d’amis. Ce seront ceux qui t’aimerons jusqu’à tes 23 ans et pour des dizaines d’années de plus je l’espère. Parmi eux, un jeune homme aura une place très spéciale. Tu pourras te confier à lui et votre relation ressemblera aux yeux des autres à un amour-amitié. Et tu ne feras rien pour changer ça. Il deviendra ton meilleur ami, celui à qui tu parleras quand tu essuieras des échecs. Et même quand tout ira bien. Tu auras besoin de cette amitié spéciale. Il t’aideras à mieux te comprendre toi même et te poseras les bonnes questions quand tu te chercheras encore. Il fera en sorte que tu deviennes la femme que tu dois être. L’année de ton bac sera une bonne année scolaire. Une fois encore, tu vas t’éclater, tu auras des amis géniaux et des fous rires à répétitions. Bizarrement, en parallèle , dans ta vie privée, tu essuieras des larmes. Tu connaitras le suicide. Ce sera une personne que tu considères « comme de la famille » qui mettra fin à ses jours. Tu t’effondreras à nouveau. Et puis, tu y puiseras ta force pour avoir ton bac. « Pour lui », tu diras. Ce ne sera pas le seul décès pour les trois années à venir mais c’est celui qui va le plus te choquer. Encore aujourd’hui nous nous demandons « pourquoi ? ». Je dois me résigner à ne jamais avoir de réponse.
La même année tu auras ton code du premier coup. Un soulagement.
Et puis, la fin du lycée annoncera une nouvelle vie. Nouvel amour, premier appart’ , permis en poche, étudiante en fac … tu te sentiras pousser des ailes.
Rapidement, tu vas te rendre compte que la fac n’est pas faite pour toi et tu vas , pour la première fois de ta vie, abandonner. Tu vas avoir besoin de temps pour te retrouver et pour comprendre que ce que tu veux, c’est un enfant. L’homme avec qui tu vis semble prêt aussi ( d’apparence seulement!) et vous allez concevoir ce bébé. Un garçon ! Le peut-être-grand-frère-qui-protègera-sa-petite-soeur. Tu vois dans les projets que tu as pour moi, j’ai au moins réussi ça.
Je peux te dire que tu seras franchement déçue du papa, mais que tu te battras pour sauvegarder votre amour. Nous sommes toujours ensemble aujourd’hui et, à présent, nous essayons d’avoir un deuxième bébé. Tu l’aimeras vraiment et je crois qu’il t’aimera tout autant. Ton fils ne s’appellera pas Killian mais ne t’inquiètes pas, j’ai fais en sorte de conserver le K. Il est ce que tu as de plus précieux sur cette terre. Et Laurène, ta petite soeur, en est la marraine. Elle joue son rôle à la perfection. Je suis heureuse de te dire que vous vous entendrez très bien dans le futur. Elle sera la première fan de tout ce que tu entreprendras et toi, tu seras scotchée par son talent de fleuriste. Au faite, je voulais te dire aussi, S. ton ami d’enfance est marié depuis quelques mois. Avoues, ça te surprends!

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Ton projet professionnel? Tu n’en as plus vraiment. Tu ne seras jamais professeur des écoles. Je ne sais pas vraiment si je le regrette. Cela me permet de connaitre « autre chose ». Charlène, je suis attirée par tout ce qui touche à l’art. Mais surtout par l’écriture et la photographie. Je passe des heures à écrire et à retoucher des images. C’est fou non?! Je suis sure que du haut de tes treize ans tu n’en crois pas tes oreilles. Toi qui croit que tu n’as pas ( et n’auras jamais) d’inspiration et aucun sens de l’esthétisme.
Si j’avais un souhait au moment où je t’écris cette lettre, c’est que tu puisses y répondre et me donner ton point de vue de jeune fille. J’aimerais savoir si cette vie là pourrait te faire rêver autant que celle que tu t’imagines. J’ai besoin de savoir: Es-tu fière de moi?

 

 

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Je suis une maman zèbre.

Je suis une maman zèbre. Pas une maman poule, je suis trop cool. Pas une maman cool, je suis trop poule. Je suis au milieu, moi. Je laisse bébé suivre le groupe, mais quand il décide de tailler sa route et qu’il s’approche trop près de la cage aux lions, je le ramène près de moi. Je ne suis pas de celles qui jouent sans cesse avec lui, mais je veille toujours à ce qu’il aille bien. Je vois les prédateurs qui rôdent, mieux que n’importe qui. J’ai l’instinct pour ça. Mais lorsqu’il n’y a pas de danger je le laisse découvrir, gambader, apprendre par lui même. Je ne suis pas une maman poule, j’aurais trop peur de l’étouffer. Mais je suis tout de même irrésistiblement tenter de le surprotéger. Je suis une maman zèbre, puisque je m’entoure de famille et d’amis. Et ce n’est pas moi qui le surprotège, c’est le groupe. Puisque chacun à son rôle mais que le centre du monde pour nous, c’est lui. Je suis une maman zèbre, puisque dans la savane qu’est ma vie, on me distingue par mes rayures, celles de mon ventre qui a porté la vie. Je ne suis pas une maman cool, je n’ai pas accouché d’un roi de la jungle donc je me dois d’apprendre à mon Bébé que dans la vie il faut savoir se défendre et parfois fuir. Que même si la lionne a juste l’air d’une grosse peluche ou d’un énorme chat, il ne faut pas lui faire confiance et qu’elle essayera tôt ou tard de le manger. Qu’il existe aussi les hyènes et les vautours, qui s’intéresseront à lui lorsqu’il aura les mains pleines et qui le laisseront tomber à l’instant même où ils auront fini de le dépouiller. Mais aussi, qu’il y a les gazelles et les girafes qui partagent sans arrières pensées et qui ont un énorme coeur. Qu’il y a les siens et qu’il ne faut jamais qu’il s’en éloigne car c’est le seul vrai pilier, la seule épaule assez large pour pouvoir le porter. Je suis celle qui lui dit qu’avec de telles rayures il est inutile de se cacher, et qu’au contraire il faut être fier de ce que l’on est, de l’être que l’on devient.

Alors, tu vois, je ne suis pas une maman poule, ni une maman cool.

Je suis une maman zèbre.

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